La Formule 1 entre dans une nouvelle ère, et Audi aussi. Après des mois d’attente, d’annonces et de travail en coulisses, l’Audi Revolut F1 Team a enfin pris la piste cette semaine à Barcelone pour son tout premier roulage officiel. Trois jours d’activité étalés sur cinq, près de 140 tours bouclés le dernier jour par Nico Hülkenberg et Gabriel Bortoleto, et un mot d’ordre répété à l’unisson : apprentissage.
Une première page historique
Le projet Audi F1 s’incarne désormais concrètement dans la R26, première monoplace conçue sous la double bannière d’Ingolstadt et Hinwil. L’enjeu de cette semaine au Circuit de Catalunya n’était pas de battre le chrono, mais de comprendre comment cette nouvelle machine réagit, vit et respire.
« Ce shakedown marque le début de notre aventure en tant qu’écurie Audi Revolut F1 et motoriste », confie Mattia Binotto, responsable du projet F1. « Voir la R26 prendre la piste pour la première fois fut un moment très émouvant pour toute l’équipe. »
Binotto, arrivé avec son expérience de la Scuderia Ferrari, sait que de telles journées comptent davantage pour ce qu’elles révèlent que pour ce qu’elles affichent. Les premiers tours ont été studieux, parfois hésitants, mais le programme a vite trouvé son rythme. « Le premier jour, quelques petits problèmes ont freiné nos plans, mais nous avons progressé à chaque session. L’objectif était clair : rouler, comprendre et accumuler du kilométrage. »
Soudure d’une équipe toute neuve
Ce premier shakedown n’était pas seulement un test technique, c’était aussi un test humain. Le nouvel ensemble Audi–Sauber, crucible d’expériences venues de Neuburg, Hinwil et Bicester, devait fonctionner comme une seule entité. Et c’est là que Jonathan Wheatley, tout juste arrivé au poste de Team Principal après une longue carrière chez Red Bull, a mis l’accent.
« Ce n’était pas seulement une semaine pour faire tourner la voiture », souligne-t-il. « Nous voulions éprouver notre organisation piste, nos procédures, nos outils, et surtout notre capacité à travailler ensemble. »
Quelques contretemps mécaniques ont effectivement émaillé les débuts, mais rien d’inquiétant. Wheatley se dit au contraire encouragé : « Ces exercices servent exactement à cela : trouver nos limites, corriger nos erreurs, souder le collectif. » L’Anglais évoque une équipe « impliquée et réactive », consciente du chemin à parcourir, mais déjà animée par un vrai souffle commun.
Des bases solides selon James Key
Sur le plan purement technique, le premier bilan est jugé « encourageant » par James Key, directeur technique et artisan du projet R26.
« Barcelone représentait un pas important. Nous avons abordé le test sans illusions : il y aurait forcément des imprévus, car tout est nouveau – la voiture, le groupe propulseur, les interfaces entre châssis et moteur. »
Le Britannique estime toutefois que l’équipe a trouvé sa cadence en milieu de programme : « Dès la seconde moitié du test, nous avons pu rouler plus efficacement et commencer à extraire des enseignements concrets. Cette session n’était pas une recherche de performances, mais une validation des fondamentaux – ce qu’on appelle “building the baseline”. Et à ce niveau, la base est saine. »
Key souligne également la synergie grandissante entre les bureaux d’études d’Hinwil et de Neuburg, un point clé pour Audi qui construit son avenir F1 sur cette double implantation : « Chaque kilomètre bouclé nous rapproche d’une meilleure compréhension collective. L’effort fourni cette semaine par toutes les équipes, sur la piste comme en usine, a été déterminant. »
Des pilotes concentrés, lucides et patients
Côté pilotes, le ton est à la positivité mesurée. À 38 ans, Nico Hülkenberg fait figure de capitaine d’expérience dans ce projet encore en rodage.
« C’était sans doute notre meilleure journée de la semaine, avec plus de 140 tours. Ce genre de roulage est fondamental – il nous permet de valider tous les systèmes et de repérer les petits ajustements à faire. »
L’Allemand sait que la route vers les premières performances sera longue mais se dit confiant : « Audi a une base solide, une équipe motivée, et tout le monde tire dans la même direction. »
À l’autre bout du spectre générationnel, Gabriel Bortoleto, 21 ans, découvre l’univers de la F1. Le champion de Formule 2 2024 a abordé cette première semaine comme un laboratoire géant.
« C’était une semaine très utile pour moi. Le premier jour, quelques soucis techniques nous ont freinés, mais la progression a été constante. J’ai pu engranger des tours, découvrir la voiture et la motorisation – exactement ce qu’un shakedown doit permettre. »
Le jeune Brésilien, calme et méthodique, salue l’approche d’Audi : « L’équipe est à l’écoute, organisée, et nous avançons ensemble dans la bonne direction. »
En route vers Bahreïn
Au terme de cette semaine catalane, Audi Revolut F1 Team quitte l’Espagne avec un mélange de satisfaction et de lucidité. Le kilométrage accumulé, la validation des systèmes de base et l’enchaînement fluide des séances constituent un premier pas solide.
« Il nous reste énormément de travail, mais c’est une phase normale », résume Binotto. « L’essentiel est de continuer à progresser jour après jour. »
La suite se jouera à Bahreïn, du 11 au 13 février, avec les tests de pré-saison officiels. L’équipe y affrontera des conditions radicalement différentes : chaleur, vent, sable – et surtout la comparaison directe avec la concurrence.
Pour Audi, l’essentiel n’est pas encore de jouer le chrono, mais de confirmer que les fondations sont les bonnes. À Barcelone, la R26 a commencé à parler, et ses premiers mots semblent prometteurs.
Dans cette symphonie technologique qu’est la F1 moderne, le moteur Audi F1 a trouvé sa première note – encore hésitante, mais assurément pleine d’avenir.





















































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